jeudi 14 juin 2018

enquête sur le présent

En 2017, je me suis livré à un challenge intitulé #projet365... il s'agit de prendre (au moins) une photo par jour et de la publier sur le net... je présente le résultat de ce travail lors du "Parcours d'Artistes" de Forest. L'événement se passe au 273 rue des alliés, au local du QuartierWielsWijk... à Forest. Le vernissage a lieu dès 20h, le 15 juin et l'expo durera deux week end, le 16 et 17 juin et le 23 et 24 juin, de 14 à 18h...

Le projet365 fut pour moi l'occasion d'explorer la réalité quotidienne, un challenge exigeant qui oblige à affiner le regard photographique. Ce matériau, qui sera intégralement projeté, est la base d'une installation comportant 25 photos qui constituent une sorte de carte conceptuelle, s'articulant autour d'un vide, entre formalisme pur et reportage factuel. Une invitation à une exploration visuelle où se conjugue une objectivation de notre environnement urbain, le souci d'un formalisme graphique induit par le format 1:1 et l'expression, forcément subjective, d'une mise en tension par le défi relevé. 




























jeudi 7 juin 2018

le "schieve" architecte de Barcelone

A Bruxelles, le mot schieve signifie "de travers" ou bien, un peu fou, le "schieve architect" bruxellois était Joseph Poelaert qui réalisa le titanesque Palais de Justice en plein coeur des Marolles... Barcelone a aussi son schieve architect, aujourd'hui universellement considéré comme un des grands visionnaires de l'architecture moderne. Il s'agit de Antoni Gaudi... Lors d'un court séjour à Barcelone, j'ai visité la casa Milà et la célébrissime basilique "le temple expiatoire de la Sainte Famille", Sagrada Familia.

Wikipedia n'étant pas fait pour les anges, je ne vais pas résumer ici la vie et l'oeuvre de Gaudi -  - mais juste donner quelques impressions photographiques et autres...


La Casa Mila est une superbe demeure radicalement novatrice en 1906, date du début de sa construction, en raison de ses formes organiques, inspirée des strates géologiques d'une falaise. Ces formes ondulées créent par le jeu d'ombre une impression de mouvement que renforce la présence des rambardes en fer forgé, aux formes végétales, comme des algues.
 

 
Le touriste peut visiter les cours intérieures, qui forment un véritable puits de lumière et accéder aux étonnantes terrasses sur le toit. C'est là que s'est déployé l'imaginaire symboliste de Gaudi qui y a édifié d'étranges tours, qui sont les cheminées, les conduites d'aération et les cages d'escaliers, sculptées, en mortier revêtu de chaux ou de céramique, de manière à leur donner l'apparence de guerriers venu d'ailleurs, gardiens célestes, anges ou créatures fantastiques. Cet univers sculptural inspira notamment Salvador Dali. On discute encore de la symbolique de Gaudi qui s'inspire à la fois de la mythologie et des traditions chrétiennes.

 Cet audace suscita à l'époque de vives critiques, le bâtiment fut ironiquement qualifié de "pedrera", carrière ou monceau de pierres... mais au-delà ce cet audace esthétique, Gaudi était un innovateur sur le plan technique. Il s'inspirait étroitement des formes naturelles, celles des végétaux, des coquillages, des os et squelettes, des minéraux et cherchait à reproduire la structure organique. Reproduisant sur des chainettes le plan des arcades prévues, il suspendait la structure créée laissant la pesanteur modéliser les tensions et les forces que devaient supporter les piliers...









La Sagrada Familia est un immense chantier.  Gaudi voulait édifier l'édifice le plus haut de Barcelone. Long de 120 m et la large de 45 m, la basilique, achevée, devrait pouvoir accueillir  14 000 personnes. Du vivant de Gaudi, qui décéda accidentellement en 1926, seules la façade de la nativité et la tour dite de Saint Bernabé étaient achevées...trois autres tours furent achevées durant les dix ans qui suivirent la mort de Gaudi. En 1936, au début de la guerre civile espagnole, une grande partie de l'atelier et des archives de Gaudi furent incendiés par des révolutionnaires anticléricaux. Et ce n'est qu'en 1944 que les travaux reprirent. La façade dite de la Passion est entamée en 1954. 

 La façade de la Nativité est surchargée de sculptures et de motifs organiques, qui pour la plupart, ont une fonction symbolique précise. La Nativité est pour lui la résurgence de la vie, dans toute son exubérance. On y trouvera aussi les allégories des vertus théologales - Foi, Espérance, Charité -  et de l'Arbre de vie...

 




L'arbre de vue et les colombes



Qui pénètre dans la basilique se voit inondé de lumière : les vitraux créent une ambiance iridescente, au sein d'une forêt calcaire : les colonnes torsadées se ramifient et convergent en des arcs multiples, en chaîne, formant ce qui appelait des "funiculaires de forces" supportant, malgré leur apparence arachnéenne, les voutes et les tours.






le baiser de Judas et à gauche le carré magique de somme 33, âge du Christ
Faut-il détailler les éléments architecturaux et sculpturaux qui constituent une iconographie religieuse à la fois très traditionnelle, par son contenu, et originale dans sa forme. On retrouve l'esprit de l'art gothique à l'aube du 20e siècle. Le chantier actuel a l'ambition d'achever l'oeuvre de Gaudi. On peut certainement discuter des choix esthétiques ou architecturaux. Certains disent que le portique de la Passion trahit l'esthétique gaudienne...  Les sculptures; assez austères et dépouillées, sont caractéristiques de l'art religieux moderniste des années 1950. On ne peut encore dire ce que sera la basilique en 2026 mais force est de constater que l'ampleur du chantier impressionne. 


détail du porte de bronze du Portail de la Nativité.


La visite des parties muséales (annexe à la basilique), qui exposent, à travers des maquettes et des plans, les techniques architecturales de Gaudi est passionnante. On ne peut nier que l'architecte fut un génie, un explorateur des possibles, un inspiré visionnaire qui sut exprimer un immense amour de la nature et une foi confinant au mysticisme ...mais en visitant la Sagrada Familia, je me dis que cette ferveur n'a pas pu éviter l'excès...on part du gothique, on aboutit au rococo et presque - je dis presque - au kitsch. 






 






dimanche 11 mars 2018

un pavé dans le marais




Située à l'arrière du BRASS, centre culturel de Forest, et du "Métropole", vestige d'un édifice qui appartenait aux Brasseries Wiels, sitée à l'avenue van Volxem... ce plan d'eau est le résultat accidentel du percement de la nappe phréatique lors du creusement des fondations d'un complexe immobilier, projeté en 2003. Progressivement, l'eau a noyé les piliers de ciment, et le plan d'eau devint un véritable petit marais...des roseaux, des oiseaux d'eau, des batraciens, des carpes hantent désormais le lieu.  Malgré les déchets qui s'y accumulent et les traces visibles du débâcle social engendré par la politique d'austérité, une certaine poésie se dégage de ce marais qui inspire maints photographes du quartier. Ceux-ci se sont rassemblés pour une exposition organisée par le Quartier Wiels Wijk, une association d'habitants.















 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

l'exposition


Située au 273, rue des alliés, à Forest (pas loin du Wiels), l'exposition ouvre ses portes du jeudi au dimanche de 11h à 18 h... jusqu'au 15 avril 2017

Six exposants y démontrent la pluralité des regards photographques portés sur le marais...


 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quelques photos du vernissage : 



  









mercredi 24 janvier 2018

Leopold II et Lumumba



 Qui a écrit "« Tous les Belges qui s'attachent à nos intérêts ont droit à notre reconnaissance… Nous n'avons pas le droit de saper le travail des continuateurs de l'œuvre géniale de Léopold II. »... ?
La réponse est étonnante...car il s'agit de Patrice Lumumba.





Oui, l'artisan de la décolonisation du Congo, celui qui s'adressant directement à son peuple affirma dans son discours d'indépendance, quatre ans plus tard, que "Nul Congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier que c'est par la lutte qu'elle a été conquise (...) Cette lutte, qui fut de larmes, de feu et de sang, nous en sommes fiers jusqu'au plus profond de nous-mêmes, car ce fut une lutte noble et juste" s'exprimait de la sorte dans une une lettre-circulaire adressée en 1956 aux membres de l'Association des évolués (entendez par là les Congolais ayant assimilé les normes sociales et culturelles du colonisateur) de Stanleyville.

Entre l956 et 1960, Lumumba eut le temps de se distancier de la promesse d'une évolution pacifique et lente vers une indépendance formelle mais perpétuant les rapports économiques coloniaux pour se positionner en nationaliste intransigeant et dénonçant les manœuvres sécessionnistes de Tshombe. La suite est connue, trop connue : les troubles et les émeutes, l'intervention des paras belges en soutien à Tshombe, l'indépendance du Katanga, l'irrésolution de l'ONU, la lutte désespérée de Lumumba, alors premier ministre, pour reconquérir le Katanga, la trahison du président Kasa-Vubu qui le révoque, le coup d'Etat mobutiste, la fuite et l'arrestation de Lumumba, sa tentative d'évasion puis son assassinat. 

On aura glosé et enquêté sur les circonstances de ce crime, sur le rôle des responsables katangais, et de Mobutu, mais aussi, et surtout, de fonctionnaires, commissaires et officiers, belges. 
Ces points encore discutés par les historiens ne seront peut être jamais complètement élucidés. Quoi qu'il en soit, Patrice Lumumba devient un symbole, un héraut de l'Afrique indépendante, un héros national et international, qui fut capable d'articuler l'indépendance et la lutte plus globale contre l'impérialisme.

Aujourd'hui encore, la Belgique hésite à affronter avec lucidité son passé colonial... L'idée d'une place publique au nom du leader congolais effarouche encore les édiles ixellois. Aussi l'association Bamko, le Comité féminin et afrodescendant pour l'interculturalité et contre le racisme, a pris l'initiative d'inaugurer une "place itinérante" au nom de Patrice Lumumba, et de faire ériger une statue, réalisée par Rhode Makoumbou, le représentant, prononçant son fameux discours du 30 juin 1960.  

L'évènement eut lieu aux galeries Ravenstein, et rassembla une bonne centaine de sympathisants, des Congolais et d'autres Africains, mais aussi des Belges et autres européens... Il fut l'occasion, outre de rappeler notre responsabilité historique, de souligner l'importance d'une décolonisation des esprits et le rôle primordial de l'art dans une transformation des mentalités.

 





Rhode Makoumbou, née à Brazzaville, a créé de nombreuses sculptures en matière composée (sciure et colle à bois sur une structure métallique. "S'inspirant de la vie quotidienne des femmes africaines, elle se considère un peu comme une artiste archiviste de la mémoire sociale et culturelle de l’Afrique en général, et du Congo en particulier. Elle s’exprime souvent dans ses interviews sur le respect des notions idéologiques de l’identité et de la diversité culturelle. Elle a toujours accordé une grande importance à la question du sens dans l’art et du rapport entre l’artiste et son public. C'est la première fois qu'elle représente un personnage historique. " (http://www.rhodemakoumbou.eu/fr/biographie)








mardi 23 janvier 2018

vitrines

des Galeries Saint-Hubert à la place de la Monnaie... on flane, on s'attarde aux vitrines luxueuses, et l'on erre de marque en marque, ombres fantomatiques d'un paradis décidément fort artificiel...